ISABELLE FAËS

Noirceurs guidoniennes

Prof de musique, chef de choeurs, Isabelle Faës est venue à la chanson par le Crime passionnel de Jean Guidoni. Son premier album, Copiée Collée, a fait un malheur sur l'lnternet. Elle aimerait à présent concrétiser cet engouement « virtuel ».

Isabelle fait néanmoins preuve au quotidien d'un humour et d'un pertinent recul par rapport à ses triomphes virtuels [cf. Chorus 34, L'internotes], puisque trois de ses chansons - dont « Litanies » - ont squatté plusieurs semaines durant les « hit-parades » des sites Internet spécialisés FranceMP3 et People Sound, y compris en Espagne et en Hollande. Des milliers de téléchargements... et zéro disque vendu !
En bonne logique, Isabelle Faës s'est retournée vers le réel, via un « vrai » théâtre à Paris - Les Déchargeurs... ça ne s'invente pas - et elle cherche un producteur.

Daniel PANTCHENKO

CHORUS, N° 36
été 2001 Page 159

Père violoniste aidant, la musique fut pour lsabelle un choix « obligé » comme pour ses trois frères et soeurs. Cadette des quatre, elle rêve d'abord de devenir danseuse-étoile, et prend des cours dans ce sens durant son enfance, avant d'attaquer sérieusement un instrument - le violoncelle - vers les douze ans, à son arrivée à Tours. Quatre ans après, elle passe son bac ; quatre encore et c'est le Capes. A vingt ans, la voici professeur de musique. Mais déjà, elle a intégré les choeurs du théâtre voisin et va participer à de nombreux opéras : « C'était génial ! Les costumes, les lumières, le goût de la scène et le fait de faire plaisir à un public, c'est là que je les ai trouvés ! ».
Créant des chorales et des orchestres avec ses élèves, elle devient chef de choeur à vingt-cinq ans, puis chef d'orchestre. La chanson, elle ne connaît pas... sauf Jean Guidoni. Au fil du temps - et des spectacles qu'elle monte avec ses 150 à 200 adolescents (c'est L'Effet Spécial) -, elle élargit la palette, jusqu'à glisser l'an dernier un Clarika et trois Wriggles entre des morceaux classiques et anglo-saxons.

Le déclic chansonnier date en fait de 1996, où Isabelle concocte « une version plus féminine » du très guidonien Crime passionnel écrit en 1982 par Pierre Philippe et Astor Piazzolla. Pour son collège, elle conçoit ensuite une comédie musicale, Correspondances -- dont deux chansons (« Enveloppe » et « Crise-éclair ») seront recyclées dans son disque Copiée collée [cf. Chorus 35, p. 53] qui sort en octobre 99.
Totalement auto-financé, cet album se révèle de belle facture musicale, de nombreux intervenants à la clé. La voix claire voire implacable, Isabelle Faës y dissèque sur des rythmes multiples des tranches d'amour sombres aux mots parfois très crus : « Mes chansons ne sont pas très autobiographiques, même si j'ai vécu des choses comme ça par le passé ; mais je garde un univers noir, très tiré sur la folie et la mort dans tout ce que j'aime. Je vis ainsi : là mort, j'y pense dix fois par jour. »